Ma petite voix, elle peut faire de grandes choses. À tout le moins, c’est ce que disait le griot de ma tribu. Bani croyait en moi plus que n’importe qui d’autre. Il me gardait quand ma mère ne revenait pas de la ville. Vous voyez, lui, il savait s’occuper de moi. À vrai dire, il m’a élevée.

Quand on était ensemble, on placotait de tout et de rien. Si une chose est certaine, c’est que j’étais beaucoup plus volubile que lui. Ma jactance ne le dérangeait pas parce que j’avais toujours quelque chose d’intéressant à dire.

Quand j’étais plus jeune et que je ne pouvais pas dormir, il écoutait toutes mes histoires. Même si parfois ce n’était que du bagou, c’est grâce à lui que je me rendormais. La plupart du temps, c’était moi qui inventais les histoires, mais je me souviens de la fois où nos rôles se sont inversés.

– « C’est à mon tour de partager quelque chose avec toi », m’avait dit Bani avec son lourd accent et un air doux. – Une chanson! S’il te plait!
– Non, ce sera un poème ce soir.
Un peu déçue je répondis :
– D’accord, d’accord.

J’avoue qu’il avait une voix absolument truculente. Elle faisait fondre tous les autres bruits aussi vite que de la glace dans le désert. Elle susurrait au cœur comme une douce mélodie.

Parfois, c’est la plus petite voix
Qui fait tomber l’avalanche
Parfois, c’est le plus petit geste
Qui fait renaître la foi.
Et parfois, si on a de la chance,
C’est une personne qui nous dit quelques mots
Qui nous fait une vie de différence.

D’un coup, il est tombé. J’ai crié « Ohé, ohé! », mais sans réponse. Alors je partage sa mémoire pour que personne ne l’oublie.


Anne Escande
Contributor

Originally published in Bandersnatch Vol. 47 Issue 11 on March 28, 2018